Pourquoi parle-t-on de “conduites sexuelles à risque” ?

Les conduites sexuelles à risque regroupent des comportements variés, comme avoir des rapports non protégés, multiplier les partenaires, échanger des faveurs sexuelles, ou s’exposer à des infections sexuellement transmissibles (IST). Mais le terme peut aussi englober des pratiques associées à des prises de décision précipitées ou influencées par des substances. Il concerne tout autant les adolescents que les adultes, hommes ou femmes, quelle que soit leur orientation.

  • Un rapport sexuel non protégé après consommation d’alcool
  • Relations sous l’effet de drogues (chemsex, GHB, etc.)
  • Multiplication de partenaires dans un contexte peu encadré
  • Usage compulsif de contenus pornographiques en ligne

La perception du “risque” varie aussi selon les contextes culturels, l’éducation ou le niveau d’information.

L’addiction sexuelle : un concept controversé

On entend souvent parler de “dépendance sexuelle” ou de “sex-addiction”. Pourtant, cette notion n’est pas unanimement reconnue par la communauté scientifique. Par exemple, le DSM-5, manuel de référence de psychiatrie, ne catégorise pas l’addiction sexuelle comme un trouble à part entière (Journal des Psychologues). Seule la “compulsion sexuelle” fait l’objet d’une attention, notamment sous le terme de “trouble du comportement sexuel compulsif” reconnu par l’OMS dans la CIM-11 en 2018.

En pratique, il s’agit d’une perte de contrôle sur des pulsions sexuelles, accompagnée de détresse et d’impacts sur la vie personnelle ou sociale.

  • Répétition d’actes malgré les conséquences négatives
  • Difficulté à interrompre ou réduire ces comportements
  • Sous-estimation des risques (IST, grossesse non désirée, conflits relationnels)

Toujours addiction ? Distinguer ce qui relève de l’occasionnel, du contexte, et du trouble

Les conduites à risque sexuelles ne sont pas systématiquement liées à une addiction.

Plusieurs raisons peuvent expliquer des comportements sexuels à risque :

  • Un manque d’information ou d’éducation à la sexualité
  • L’influence d’un groupe
  • Une période de vulnérabilité émotionnelle ou psychologique
  • La consommation ponctuelle d’alcool ou de drogues (“affaires d’un soir” impliquant perte de contrôle mais sans que cela soit chronique)

On estime qu’une majorité de personnes aura, au cours de sa vie, au moins une expérience de risque sexuel sans que cela ne s’apparente à une “addiction” (France Inter). Par ailleurs, selon Santé Publique France (Santé Publique France – Santé Sexuelle), en 2020, 24 % des jeunes de 18 à 24 ans avouaient ne pas toujours utiliser de préservatif : une donnée qui illustre à elle seule la banalité du phénomène dans certaines tranches d’âge.

Substances et sexualité : un duo à risque mais pas automatiquement addictif

L’association entre usage de substances et sexualité à risque fait l’objet de nombreuses recherches. L’alcool, par exemple, est un facilitateur bien connu de désinhibition. Diverses études indiquent que 25 à 40 % des rapports sexuels non protégés sont précédés d’une consommation d’alcool ou d’une drogue (Revue Médicale Suisse).

Chez certaines populations, comme les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), la pratique du “chemsex” (utilisation de drogues lors des rapports) augmente : en 2021, une enquête menée à Paris révélait que 20 % des HSH déclaraient avoir expérimenté le chemsex au moins une fois (Le Monde). Mais là aussi, cette pratique ne relève pas toujours d’une addiction, même si elle peut, à terme, s’accompagner de dépendances croisées (aux produits et/ou au sexe).

  • L’effet désinhibiteur de l’alcool : perception du risque altérée, décisions impulsives.
  • Substances psychoactives (ecstasy, GHB, cocaïne) : recherche de sensations, augmentation du plaisir, baisse du contrôle de soi.
  • Mélange alcool/drogues : cumule les effets et favorise la perte de repères.

Mais la grande majorité des usages restent ponctuels et s’insèrent dans des contextes festifs ou d’anxiété, sans traduire une addiction sous-jacente.

Focus : compulsions sexuelles et hypersexualité

Le terme “hypersexualité” désigne une fréquence d’actes sexuels ou de fantasmes perçue comme excessive. Selon une étude récente, seulement 3 à 6 % de la population rapporte des épisodes de compulsions sexuelles, et encore moins présentent un trouble durable (INSERM). Chez ces personnes, la conduite à risque est souvent récurrente, majorée par :

  • Un sentiment de manque intense
  • Un temps consacré à la sexualité qui envahit la vie quotidienne
  • Des difficultés relationnelles et/ou professionnelles liées à ces comportements

Il est donc important de retenir que l’intensité ou la répétition n’est pas systématiquement pathologique ou addictive. Beaucoup de personnes vivent une période transitoire de recherche accrue de sexualité, sans pour autant développer une addiction.

Les stéréotypes à l’épreuve des données : tout risque n’est pas maladie

Les conduites sexuelles à risque font l’objet de nombreux mythes. Certains imaginent qu’une sexualité vécue “hors des normes” ou très active cache forcément une pathologie addictive. Or, les enquêtes montrent toute la diversité des motivations et des parcours.

  • Adolescents : 59 % ont eu leur première expérience sexuelle entre 15 et 17 ans (Ressources sexuelles), mais la majorité ne développe aucun comportement addictif.
  • Milieu festif : les prises de risque sont plus fréquentes, mais surtout liées à l’exploration, la pression sociale ou l’inexpérience.
  • Adultes en difficulté relationnelle : une phase douloureuse, une séparation, peuvent induire des “rechutes” comportementales temporaires sans addiction (“sex binge”).

Le risque de stigmatisation (notamment pour les minorités sexuelles, ou les personnes ayant des pratiques non normatives) est élevé si l’on réduit la question à une pathologie. Il est essentiel d’apporter de la nuance et d’éviter toute assimilation systématique entre prise de risque et addiction.

Facteurs de vulnérabilité et profils à surveiller

Certaines situations ou profils sont plus exposés à l’enchaînement prise de risque – perte de contrôle – addiction :

  • Histoire de trauma (abus sexuels dans l’enfance, maltraitances)
  • Antécédents de troubles anxieux ou dépressifs
  • Isolement social ou difficultés d’affirmation de soi
  • Recherche excessive de stimulation (“sensation seekers”)

Des études, notamment menées par l’INSERM et l’ANRS, indiquent que ces facteurs majorent la probabilité de développer des conduites à risque chroniques ou addictives, mais ils ne suffisent pas à eux seuls. L’environnement (accès à l’information, soutien social, accompagnement) joue un rôle protecteur essentiel.

Il existe aussi un lien avec les troubles addictifs déjà installés : la prévalence de comportements sexuels à risque est plus élevée chez les personnes ayant une dépendance à l’alcool ou d’autres substances. Mais l’inverse n’est pas systématique.

Prévention et ressources pour agir

Face à la diversité des trajectoires, la prévention doit privilégier une approche globale, individualisée et respectueuse.

  • L’éducation à la sexualité : Dès le collège, l’Éducation Nationale intègre dans les programmes une sensibilisation aux risques et à la notion de consentement.
  • Accès aux moyens de protection : Expansion des points de distribution de préservatifs, autotests VIH, outils de réduction des risques pour le chemsex.
  • Espaces d’écoute et d’accompagnement : Centres de santé sexuelle (Cegidd), associations (AIDES, Sidaction), réseaux spécialisés en addictologie.
  • Actions ciblées en Normandie : Des campagnes régionales innovantes, telles que “Sortir Ensemble” (ARS et COREVIH), mêlent témoignages, prévention des IST, et accompagnement des consommations en milieu festif.

Le dialogue, la non-stigmatisation et l’interdisciplinarité restent les maîtres mots : chaque parcours doit pouvoir bénéficier d’une écoute personnalisée, loin des injonctions ou des généralisations.

À retenir : repérer, comprendre, accompagner

Les conduites sexuelles à risque ne renvoient pas automatiquement à une addiction. La majorité des comportements à risque naissent d’un contexte ponctuel, social ou émotionnel, et restent sans lendemain. Certaines situations de répétition ou de perte de contrôle, en revanche, appellent à la vigilance et à l’accompagnement spécialisé.

L’essentiel est de repérer, sans stigmatiser, ceux et celles pour qui le rapport à la sexualité devient source de souffrance ou d’isolement, et de leur proposer un soutien adapté. Au cœur de la prévention, la nuance et la bienveillance sont les plus efficaces pour favoriser des parcours de vie plus sereins.

Parce qu’informer, c’est déjà agir, continuons à faire avancer la compréhension, l’accompagnement et la réduction des risques sur notre territoire.

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