Adapter l’accompagnement : les leviers à mobiliser
1. Le repérage précoce : un enjeu clé
Repérer une polyaddiction ne va pas de soi. Beaucoup de personnes cachent une part de leurs usages à leurs proches, voire aux professionnels, par peur d'être stigmatisées ou par méconnaissance du danger réel.
- Des outils tels que le questionnaire ASSIST (développé par l’OMS) aident à détecter la pluralité des usages en consultations de première ligne.
- Le recours à des questions ouvertes (“Avez-vous déjà ressenti des difficultés en lien avec différents produits ou comportements à la fois ?”) favorise l’expression.
- La formation systématique des acteurs de terrain (médecins traitants, infirmiers, travailleurs sociaux) reste un maillon indispensable.
2. Un accompagnement individualisé et centré sur la personne
Au-delà des consommations, il faut tenir compte des autres dimensions de la vie :
- Enjeux familiaux et professionnels
- Situation financière
- Santé mentale
- Environnement social
Des structures comme les CSAPA (Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) proposent aujourd’hui des suivis pluridisciplinaires : accompagnement médical, psychologique, social, accès aux droits, groupe de parole, médiation familiale, etc. Selon l’OFDT, 42 % des usagers suivis en CSAPA en 2022 présentaient une polyconsommation.
L’accompagnement doit être progressif, flexible (possibilité d’aller-retour dans le parcours, adaptation du rythme), co-construit avec la personne (partir de ses priorités, fixer ensemble des objectifs accessibles), et non linéaire.
3. Travailler la réduction des risques
La réduction des risques ne concerne plus seulement les usagers de drogues : elle s’adresse aussi à ceux qui combinent substances licites et illicites, ou usages et comportements. Quelques exemples concrets :
- Proposition systématique de dépistages (VIH, hépatites), vaccination, kits de prévention, conseils pour éviter les mélanges dangereux
- Ateliers d’éducation à la santé, notamment à destination des jeunes et des publics précaires
- Soutien et information pour les proches : comprendre les risques, savoir réagir face à un malaise, trouver de l’aide locale
Selon l’ANSM (2023), la distribution de naloxone (antidote des overdoses d’opioïdes) progresse mais reste à développer, notamment auprès des personnes en polyconsommation à risque.
4. Prendre en compte la santé mentale
Il est établi que les troubles psychiques (anxiété, dépression, troubles du comportement, psychoses) sont davantage présents chez les personnes en situation de polyaddiction. D’après une étude nationale (INSERM, 2020), 30 à 40 % des personnes suivies en addictologie présentent un trouble psychiatrique associé.
L’accompagnement doit donc intégrer le repérage et, si besoin, l’orientation vers des soins spécialisés. Certaines structures expérimentent des consultations communes “psy/addicto”, pour éviter les ruptures de parcours et les errances thérapeutiques.